Super (Avril 1999)
C'est
armée d'une véritable petite bombe pop que Geri Halliwell amorce son grand retour
sur la planète pop. "Regardez-moi!", clame-t-elle haut et fort, façon d'affirmer
qu'il y a bien une vie après les Spice Girls. L'envoyé spécial de Super a pris
l'Eurostar jusqu'à Londres pour rencontrer Miss Halliwell. Interview coup de cœur!
"L'adolescence
a été la pire période de ma vie…"
C'est
dans un club londonien très select, à deux pas d'Oxford Street, que Geri Halliwell
nous a donné rendez-vous par une belle après-midi d'avril. Allongée sur le sol,
elle se livre à quelques jolis exercices de stretching pour se relaxer, exhibant
du même coup le légendaire tatouage caché au creux de ses reins. Elle se redresse,
s'étire, sourit malgré la fatigue: pour la sortie de 'Look At Me', Geri vient
de boucler un marathon promotionnel hallucinant, visitant cinq continents en sept
jours et avoue d'emblée que c'était "une idée un peu dingue…"
Première
surprise, la nouvelle Geri Halliwell ne ressemble en rien à celle qu'on surnommait
encore l'an dernier Ginger Spice: cheveux roux pale, justaucorps bleu ciel et
collant de danse rose, elle joue désormais la carte du charme au naturel. Craquante
et étonnamment sympa, Geri sait aussi aborder les sujets les plus graves avec
légèreté. Jugez plutôt…
Pourquoi
avoir choisi " Look At Me " comme premier single?
"Parce
que Look At Me est l'un des premiers titres que j'ai écrits et qu'il me semblait
particulièrement approprié aux circonstances. C'est ma façon de dire 'ok, je vais
vous donner du spectacle, mais je veux aussi que vous me regardiez comme une vraie
personne.'"
Cette
chanson sonne très pop sixties, entre Shirley Bassey et "chapeau melon et bottes
de cuir". Est-ce vrai que tu as découvert cette musique grâce à ton père?
"Oui,
c'est vrai. Mon père était assez âgé et il m'a fait découvrir des trucs comme
Marilyn Monroe, Judy Garland, Sinatra… Il a énormément influencé mes goûts et
je suis très inspirée par les films, spécialement les vieux Peter Sellers, avec
ce genre de musique. En même temps, je voulais me moquer un peu de moi-même…"
Comme dans le clip, où l'on assiste à "l'enterrement" de Ginger Spice?
"Oui,
c'est vraiment une plaisanterie. Même si d'une certaine façon, Ginger restera
toujours vivante. Mais comme tout le monde allait se demander ce qu'elle était,
je l'ai tuée… Juste pour une minute."
Est-ce
toi qui as eu l'idée de cette vidéo?
"Oh oui, c'est vraiment mon idée. J'ai regardé "La
Dolce Vita", j'adore le cinéma européen et je me sens moi-même très européenne:
ma mère est espagnole, mon père à moitié suédois et ma grand-mère était française.
A l'origine, je voulais tourner cette vidéo à Paris et notamment à Notre-Dame.
Mais c'était compliqué d'obtenir les autorisations et aussi moins cher de le faire
à Prague."
Tu
as toujours revendiqué ces racines mais bizarrement tu incarnais la plus anglaise
des Spice, celle qui porte une robe aux couleurs de l'Union Jack, etc.
"L'Angleterre, c'est l'endroit où je suis née et je
suis très fière de mon pays. Mais pour moi, le monde est une toute petite planète
et il y a une partie de moi qui a vraiment ce tempérament latin. En fait, le langage
que tu parles n'a aucune importance: nous avons tous peur, nous avons tous de
la joie et de l'amour dans nos vies, nous partageons les mêmes sentiments de bonheur,
n'est-ce pas?"
Quand
tu as quitté les Spice Girls, tu as passé quelque temps chez George Michael. Quel
est le meilleur conseil qu'il t'ait donné?
"Il
m'a dit "reste calme, prend ton temps, tout le monde t'attendra, fais un bon disque".
Et c'est ce que j'ai fait: attendre jusqu'à ce que j'ai les chansons appropriées."
Qu'as-tu
fait pendant ce break?
"Je
me suis impliquée dans la lutte contre le cancer du sein. J'ai beaucoup écrit.
Des paroles pour mon album, ou des mélodies. Ce n'était pas un véritable break.
Je suis dotée d'un de ces cerveaux qui n'arrêtent jamais de fonctionner, c'est
dans ma nature, parfois à mon grand désespoir. Et puis, c'est plutôt dur de se
déconnecter, spécialement quand on a fait partie des Spice Girls."
As-tu
parfois le sentiment d'avoir payé très cher le prix de ta célébrité - peut-être
plus que les autres Spice Girls?
"Non.
Tout le monde sait que lorsque tu deviens une personnalité publique, il y a un
prix à payer. J'ai toujours été lucide par rapport à ça. Parfois, il m'est arrivé
de penser "c'est horrible" en voyant un journal à scandales sortir un truc sur
moi. Mais peut-être m'ont-ils attaqué un peu plus parce que j'étais plus âgée
que les autres et que j'avais fait des choses sur lesquelles on pouvait causer…"
Y a-t-il eu un moment où c'est devenu très difficile à vivre?
"D'une
certaine façon, tout le monde est soucieux du regard des autres. Cela n'a rien
à voir avec les tabloïds, cela peut-être ce que disent vos voisins ou vos amis.
C'est la règle du jeu, point. Tu dois te dire:'C'est moi, je fais du mieux que
je peux, je ne suis pas parfaite, j'espère que vous m'aimez et basta…'"
Quand
tu étais au lycée, savais-tu déjà que tu serais artiste?
"J'ai
toujours voulu être une popstar, être célèbre. Je venais d'une famille populaire
et je vivais avec les films et la musique. Je faisais semblant d'être star de
cinéma ou chanteuse. Après, dans les années 80, je me suis branchée sur Wham!,
puis je suis passée à Madonna."
Tu
es une enfant de la pop culture?
"J'ai toujours aimé la bonne musique pop, celle qui
ne triche pas. Je déteste la pop qui triche avec une ligne de basse flashy ou
des paroles stupides. La pop devrait être plus que ça: c'est une véritable façon
de communiquer avec les autres, spécialement quand tu es ado et que c'est déjà
si difficile. L'adolescence a été la pire période de ma vie, quand les filles
comparent la taille de leurs seins pour savoir qui est adulte et qui ne l'est
pas. Tu essayes de trouver tes propres idéaux, en marge de ceux de tes parents,
et tout ce que tu as pour te connecter, c'est la musique: les popstars que j'aimais
étaient mes amies, Madonna était mon amie… Peut-être était-ce parce que je n'avais
pas alors de petit-ami, mais pour moi, c'était le moyen de m'intégrer aux autres."
Qu'éprouve-t-on
après lorsqu'on rencontre des stars comme George Michael?
"A
un moment, tu réalises qu'il n'y a pas d'idoles mais simplement des êtres humains,
qu'on aime tous, qu'on pleure tous, qu'on va tous au petit coin et qu'on meurt
tous. George Michael est simplement devenu mon ami…"
Ton
album sonne un peu comme un patchwork…
"Oui,
pour moi, c'est un patchwork d'images, un mélange de tableaux, de pays, d'émotions
différentes, parfois tristes, parfois heureuses. Je veux que la musique t'emmène
quelque part, qu'elle ne soit pas limitée à un seul style, qu'elle soit cinétique…
Ton imagination commence à marcher quand tu entends un rythme latin, et tu te
retrouves en Espagne: c'est ça que j'essaye de faire…"
Après
le " Girl Power", quel pourrait être le slogan de Geri aujourd'hui?
"Ce
pourrait être le "Woman Power" , le "Real Power", le "People Power". Tout le monde
a besoin d'un mantra, alors vous pouvez prendre un de ceux-là…"
MERCI à Tom (" ,)