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M6 Music (Juillet 2001)

AU BONHEUR DE GERI

Geri Halliwell est en train de faire mentir les mauvaises langues qui lui prédisaient des lendemains difficiles. Non concernée par le bide de ses ex-partenaires Spice Girls ("Forever") ou par la débandade solo de Mel B, elle est la seule, avec Mel C, à avoir su pour l'instant tirer son épingle du jeu. Tutoyant le haut des charts anglais avec son dernier single It's Rainig Men, une reprise d'un tube eighties des Weather Girls qu'on peut retrouver sur la BO du film "Le Journal de Bridget Jones", agrémenté d'un clip en forme de clin d'œil à "Fame", l'ex-Ginger Spice a, en outre, su habilement occuper la Une des gazettes people ces derniers mois, entre les révélations de ses rapports tumultueux avec ses anciennes complices, sa spectaculaire perte de poids, ses relations avec Robbie Williams, le cambriolage de son appartement, ou son soutien à Tony Blair lors des dernières législatives. A 29 ans, la londonienne poursuit son échappée en solitaire avec un nouvel album "Scream if you wanna go faster", déjà dans les bacs, qui succède à "Schizophonic" (1999). Il y a une vie après les Spice Girls.

Par Vincent Veauclin

Ton nouveau clip It's Raining Men, est très chaud au niveau de la chorégraphie. On dirait que tu t'es inspirée de "Flashdance" et de "Fame" !

"La chanson des Weather Girls est une sorte d'accident. Un accident heureux. Avant ça, j'étais déjà en train d'écrire mes propres chansons. Je connaissais les producteurs du film "Le Journal de Bridget Jones" et ils m'ont demandé si je pouvais reprendre ce titre pour la BO. Je me suis dit que ça serait drôle. Le résultat a été tellement excitant que c'est devenu un single. Pour ce qui est du clip, on n'avait pas d'idée et il fallait qu'on le filme très vite. Un dimanche, j'étais avec mes amies dans un club appelé Serenity Sunday Sisterhood, un endroit où l'on peut s'occuper à regarder des vidéos, où l'on mange bien, des trucs comme ça… J'y ai vu "Flashdance" et "Fame" et je me suis dit : "Eh, personne ne fait plus ce genre de chose ! On n'a qu'à remettre ça !"".

Dans le clip, tu incarnes une danseuse. Etre ballerine était un rêve quand tu étais enfant ?

"Oui, c'était un rêve. Quand j'étais petite fille, ma mère était toujours au travail. Elle était femme de ménage et n'avait jamais le temps de m'emmener faire des petits extras, comme des leçons de danse. Pour être tout à fait honnête, elle n'en avait pas les moyens non plus. Je me souviens que quand j'avais 12 ans, j'ai été pour la première fois dans un cours de danse, et ils m'ont mis avec les 4 ans, alors que j'en avais 12 ! Alors, je n'y suis pas retournée. Pour moi, à travers mes vidéos, je peux enfin réaliser tout ce que je n'ai pas pu à l'époque de l'enfance, laisser libre cours à ma fantaisie. La célébrité m'a permis la même chose".

Quelle ambition as-tu avec ton nouvel album "Scream if you wanna go faster" ?

"J'ai passé beaucoup de temps à écrire les chansons de cet album et, si vous les écoutez toutes, je crois vraiment qu'elles sont d'une grande qualité. C'était déjà vrai pour le premier album, mais encore plus particulièrement pour celui-ci. Quand tu achètes un disque, tu as parfois l'impression que le son est toujours pareil, que les chansons se ressemblent toutes, alors que les miennes viennent du cœur et de l'âme. J'aimerais que mon album connaisse un aussi grand succès que moi. En plus, ça me permettrait de faire vraiment une grosse tournée en Europe, dans des arènes qui ressembleraient au Grand Colisée, devant 10 000 personnes, pendant cinq nuits dans chaque ville. C'est ce que j'aimerais le plus faire maintenant".

Ça ne te fait pas un peu peur ?

"Il y a des gens qui affirment qu'ils ont de l'appréhension, mais je pense qu'on ne peut pas avoir ce genre de sentiment devant 10 000 personnes qui chantent les chansons que tu as écrites toi-même. Imagines un peu : j'ai écrit des chansons, dans mon lit, comme Strength of a Woman, un titre qui dit : "Eh Girl, tu n'es pas seule, parce je ressens ça moi aussi. Petit à petit, on peut y arriver". Imagines ce que l'on ressent quand 10.000 personnes reprennent en chœur ce que tu as composé avec ton cœur. On ne peut pas avoir ce genre de sentiment. La positivité, l'optimisme, l'énergie, tout cela est brillant. C'est ce que je ressens en tous les cas, et c'est ce que je veux faire passer".

Tu dégageais à tes débuts solo une image provocante, extravertie. Tu sembles plus calme à présent…

"Je vais vous dire… Au plus profond de moi, vous n'allez peut-être pas me croire, mais je suis timide, très timide, aussi effrayée que tout le monde. Chaque personne a en elle son "Slim Shady", son alter ego, une part d'ombre. Etre sur scène te permet de te décoincer. C'est comme être autorisée légalement à être extravertie. Cela devient acceptable aux yeux de tous d'être un peu allumée et de faire semblant. C'est comme jouer la comédie, c'est la même chose. Chacun peut le faire normalement en privé, quand personne ne te regarde. On peut se prendre pour Elvis si on veut. On peut vivre ses fantasmes en video. Moi, c'est sur scène ou en clip que je peux vivre les miens. Mais ce n'est aussi qu'une partie de moi, une partie de mon imagination. Dans la vraie vie, on fait l'amour comme des petits lapins. C'est effrayant ! (rires). Comme pour tout le reste d'ailleurs. On ne devrait pas avoir à faire semblant… Mais je peux me tromper".

As-tu pensé, lorsque tu as commencé ta carrière solo, que tu devais faire tes preuves ?

"Quand j'ai quitté le groupe, c'est un peu comme si j'avais quitté l'école. Vous avez envie de vous prouver à vous même, à votre famille, à vos collègues de l'école que vous pouvez vous débrouiller seule. Et vous êtes très fière de cela. Il fallait que je fonce. Il y a plus de respect désormais. C'est une source de motivation, comme de l'essence dans une voiture. Mon parcours n'a jamais été facile, même à mes débuts avec les Spice Girls. J'ai toujours aimé écrire de la pop music et voulu devenir une artiste. Mais la différence se sent sur cet album. J'ai composé moi-même, comme je l'ai toujours fait, et c'est ça qui me fait avancer. C'est quand même le plus important, et ce qui me procure le plus de plaisir. Je suis si fatiguée d'essayer de prouver aux gens que je peux y arriver. Ecoutez l'album. J'en suis très heureuse et il y a vraiment de bons titres. Je pense que les jeunes filles pourront se reconnaître et s'identifier dans les chansons et les paroles. J'ai réalisé qu'on ne peut pas faire l'unanimité, que tout le monde ne peut pas aimer ce que tu fais, alors je laisse aller tout le reste".

Quel regard portes-tu sur la situation des Spice Girls ?

"Je ne sais pas si le groupe est séparé. Mais je le porte encore dans mon cœur. Je suis partie parce que je le devais, mais j'ai été si triste de le faire. Imagines que tu aides à construire quelque chose, que tu y as vraiment mis de toi. J'étais totalement impliquée dans le songwriting et concernée par le choix des directions à prendre… Et puis ensuite tu t'en vas. Ce fut très dur. Tu les vois poursuivre leur chemin… Mais c'est la vie n'est-ce pas ? Aussi triste soit-elle".

Quel est ton sentiment quand tu vois que les autres filles des Spice Girls ont une carrière un peu poussive, alors que toi tu trônes actuellement en tête des charts ? Eprouves-tu un sentiment de revanche ?

"Non. Quand je vois le groupe, je me dis qu'on a été à la même école, qu'on a passé tous les diplômes de la pop, et j'ai adoré faire ça. On a eu une bonne éducation et j'en suis très fière. J'en suis très reconnaissante aux autres. On a vraiment passé du bon temps ensemble. Il faut les respecter pour faire ce qu'elles ont envie de faire. Tout le monde a son propre parcours. Chacune a suivi son chemin, avec ses hauts et ses bas. Je suis fière d'elles. Elles sont super et ont fait ce qu'elles voulaient. Je ne crois pas qu'il faille systématiquement comparer ton propre succès par rapport aux autres. On ne peut pas faire ça. Cela ne peut conduire qu'à de la douleur et de la souffrance, et je ne peux pas m'y résoudre pour ma part. Chacun doit confronter son succès à lui-même, afin de faire toujours de son mieux. C'est ce que je fais. La compétition, c'est bon pour les chiens et les chevaux, pas avec les filles. De plus, je ne pense pas qu'elles galèrent. Pour Mel C, ça marche bien et je suis fière d'elle".

source: m6music