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Interview - Juin 1999

Geri Halliwell, la rousse tourne blonde En pleine gloire, Geri Halliwell a quitté le groupe le plus hot de la planète. Nommée par l'O.N.U. ambassadrice de bonne volonté, Geri a pris un an pour retrouver son visage, son âme et aujourd'hui, ses fans. Le 7 juin, son premier album-solo frappera la planète. Confession d'une nouvelle fille.

Qu'est-ce qui vous a poussé à mettre en scène les funérailles de Ginger Spice, votre personnage, dans ce nouveau clip?

- Tout le monde se demandait où était passée Ginger Spice donc, j'ai imaginé ses funérailles. Mais en réalité, elle n'est pas vraiment morte. Elle est endormie et reviendra à la vie. Elle sera toujours une partie de moi. Ce clip, fait pour la chanson Look At Me, exprime d'autres choses qui m'importent aussi. C'est une manière ironique de dire que l'on devrait regarder les autres avec d'autres yeux, ne pas s'arrêter aux étiquettes qu'on nous colle. On vit dans un monde où l'on est obsédé par sa propre image. Dans la vidéo, je montre divers aspects de la femme. Elle passe d'un rôle à l'autre, dans la même journée, comme dans un même souffle. Esthétiquement, j'ai opté pour le noir et blanc en hommage à Dolce Vita, qui est l'un de mes films préférés.

Ce film vous fait-il penser à la vie frénétique que vous aviez avec les Spice Girls?

- Sans doute, ai-je fait un parallèle entre les deux mais ce n'était pas conscient. Il y a ces scènes avec la presse dans le film de Fellini. Peut-être est-ce à cause de cela que je l'aime? Et cette fille dans la fontaine, quand on lui demande ce qu'elle aime, elle répond (Geri imite Anita Ekberg): I like to be in love. Elle est tellement au-dessus de tout.

Vous vous sentez renaître, aujourd'hui?

- Emotionnellement, oui. L'année passée a été si dure. Imaginez que vous êtes dans un groupe, que cela ressemble à un mariage et soudainement, vous vous retrouvez seule. C'est comme si j'étais sortie d'un cocon. Il fallait que je me rétablisse moralement avant de pouvoir retrouver des émotions, travailler, écrire et réapparaître aux yeux du public. Lorsque j'ai quitté les Spice Girls, je ne savais pas que je ferais ça.

Mais vous auriez pu prendre davantage votre temps.

- Je suis très impatiente. C'était comme lorsqu'on a un secret et que l'on veut tout de suite le partager avec quelqu'un. En l'occurrence, c'était les chansons pop que j'avais en moi.

Durant cette année, vous vous êtes retirée dans un hôtel parisien et ensuite, chez George Michael. Que s'est-il passé?

- J'ai quitté le groupe avant la fin de la tournée. Je me retrouvais sans mes amies, sans situation établie et sans tout le style de vie propre aux Spice Girls. J'ai pensé qu'un séjour à Paris me ferait du bien mais en réalité, j'étais encore plus seule. Aller chez George Michael, c'était la certitude d'avoir une épaule sur laquelle s'appuyer. J'ai tellement de chance d'avoir cet homme dans ma vie! A qui d'autre pourrais-je m'identifier? Nous venons tous deux de Watford, nous avons chacun perdu un parent proche, nous avons des racines méditerranéennes et nous n'étions pas très bons à l'école. Qui d'autre, à ce niveau de gloire, pourrait me comprendre comme lui?

Durant cette année, vous avez accompli plusieurs missions pour l'O.N.U. et entrepris diverses actions de charité notamment en faveur des enfants malades du cancer. Pensez- vous que vous devez payer pour l'argent et la célébrité qui sont les vôtres?

- Oui, je sens que j'ai une dette à payer. Et mener ces actions, c'était aussi le moyen de faire revenir mon âme. Dans cette industrie de la musique, l'ego peut dévorer le coeur, si on n'y prête garde. Et quelquefois, c'est extraordinaire de ne pas penser à soi.

Pourquoi avoir choisi d'intituler l'album Schizophonic?

- Je ne voulais pas choquer ou provoquer la confusion mais il me fallait un titre exprimant le fractionnement de l'esprit comme de la personnalité. Une partie de moi est très expressive, excessive et flamboyante et l'autre est réfléchie, humaine, profonde. Mais on est tous faits comme ça. Et mon album est à cet image. Je n'ai pas fait de chansons sur les chambres d'hôtels dans lesquels je passe mais sur les espoirs et les aspirations que l'on peut avoir aujourd'hui. Et je pense que tout le monde devrait chanter des chansons pop.

N'est-ce pas étrange que ce projet discographique qui vous tient lieu de thérapie se transforme en produit commercial avec des chiffres ne laissant aucune place à l'émotion?

- Pour moi, cet album n'est pas un vulgaire morceau de plastique. Mais on ne peut pas empêcher les opérations commerciales qui l'entourent. Honnêtement, je n'ai pas besoin d'argent. Ma position est très confortable. J'ai fait ce disque par amour.

La musique vous laisse-t-elle le temps d'avoir une vie privée? Avez-vous un fiancé?

- On ne peut pas tout avoir. Même moi. Que l'on soit popstar ou employée de bureau, quand on travaille très dur, on sacrifie un peu ses relations. C'est très rare de pouvoir trouver un heureux juste milieu. Je pense que lorsqu'on n'est pas très sûr de soi, il vaut mieux ne pas embarquer quelqu'un d'autre son histoire.

Une dernière question: quelle est votre vraie couleur de cheveux?

- Vous savez, je me teins les cheveux depuis mes douze ans. Je suis passée par toutes les couleurs mais naturellement, je suis auburn.

Joëlle Lehrer.